Le salaire de la peur

Cette saison de publications de résultats fait trembler l’ensemble de la communauté financière. Détenir des valeurs technologiques dans son portefeuille c’est un peu comme s’aventurer sur une piste délabrée en transportant de la nitroglycérine, il faut avoir le cœur bien accroché ! Depuis le début de l’année presque 2000 milliards de dollars de capitalisation se sont volatilisés de l’indice phare des valeurs technologiques américaines, le Nasdaq 100. C’est bien plus que l’ensemble des sociétés du CAC40 et presque autant que le PIB Français.

Est-ce l’éclatement d’une bulle de valorisation ?

Il faut l’avouer, la FED a participé à ce mouvement spéculatif en devenant « pompier-pyromane » avec des injections de liquidités plus que de besoin, pour s’assurer que la reprise américaine était robuste et durable. Le niveau des taux d’intérêt anormalement bas était destiné à stimuler l’investissement des entreprises pour construire leur croissance future, ce que la plupart ont fait. Maintenant que le cycle de remontée des taux est enclenché, la charge d’intérêt devient de plus en plus lourde et certains bureaux de recherche s’affolent en anticipant jusqu’à 8 hausses sur les 24 prochains mois. Autre effet pervers, l’augmentation des taux d’intérêts pèse sur le coût moyen du capital et renchéri les valorisations boursières. Au final, seules les entreprises qui ne tiennent pas leur promesse sur leur niveau de croissance sont lourdement sanctionnées, touchant des sociétés de différents secteurs : PayPal, Moderna, Netflix, Facebook…

La volatilité est revenue mais « ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain »

L’effet de surprise des résultats publiés pour le quatrième trimestre et surtout des perspectives révisées par les sociétés peut s’avérer brutal. Le parcours boursier d’Amazon était quasiment atone depuis plus d’un an car les investisseurs redoutaient la capacité du groupe à poursuivre sa croissance avec un chiffre d’affaires qui avoisine les 500 milliards de dollars par an. Mais, le groupe a trouvé des relais de croissance notamment dans le cloud qui explose à +40% sur le trimestre.

Au sein d’un même secteur la réaction de marché peut même être complétement divergente. Mark Zuckerberg a pris un pari majeur pour transformer la plateforme vieillissante de photo-vidéo Facebook sur les univers immersifs. Lors de son communiqué, le titre s’est effondré de -26% (soit -100 milliards $) car les investissements gigantesques pour développer le Metavers se feront au détriment de sa croissance et de ses actionnaires. A contrario, Google, l’autre géant de la publicité sur internet avait annoncé des résultats records la veille, faisant bondir le titre de +8% (soit +200 milliards $).

 

Le retour à la raison est parfois brutal sur les marchés actions, les algorithmes viennent appuyer les mouvements sur certaines valorisations qui étaient très exigeantes, ne supportant aucune déception. Mais ne cédons pas au pessimisme ambiant, rendu encore plus morose par les tensions en provenance de la Chine ou de l’Ukraine. La ferveur demeure pour profiter de la dynamique de croissance mondiale attendue à plus de 4% cette année. La reprise est robuste avec un marché de l’emploi très tendu, des carnets de commande élevés dans de nombreux secteurs, un fort taux d’épargne des ménages qui compense une partie de la hausse des prix et un niveau des stocks très bas dans beaucoup d’industries. Tous ces éléments sont la promesse d’un marché qui n’a pas fini de croitre. La pérennité des performances s’effectue au prix d’une vigilance permanente et d’une large diversification des portefeuilles.

 

Achevé de rédiger le 07/02/2022

Guillaume Di Pizio